La puissance de ce livre tient tout entier dans le pronom "on", ce pronom dont Heidegger disait qu'il est ce dans quoi se fond un individu pris dans la quotidienneté, dilué dans la masse et se comportant comme "on" se comporte, se réjouissant comme "on" se réjouit. le "on" est la marque de l'existence inauthentique dans le monde d'un être qui ne parvient pas à ressaisir son existence. C'est tout le travail fait par le-les narrateur.ices d'Anne Godard que de parvenir petit à petit à se différencier les un.e.s des autres, à devenir un "je" qui parle en son nom. Et cela se fera progressivement par le retour du refoulé qui résiste comme jamais ... Un paquet d'enfants, frères, sœurs, cousins et cousines, grandit dans l'entre-soi de la grande bourgeoisie parisienne, éduquée, cultivée, et dont la naissance garantit la réussite sociale. Ce corps indistinct, promené entre le grand immeuble parisien et le Château à la montagne, jouit de ses privilèges en ayant conscience de sa chance, ils prient pour les pauvres, accordent la charité aux plus vulnérables. Mais la mort de l'un d'entre-eux va remettre en question l'équilibre acquis depuis plusieurs générations. Anne Godard décrit avec une puissance folle la force du refoulement, la force de la résistance face au retour du refoulé, la puissance du "on" dans l'anéantissement du sujet naissant dans l'enfance. Pour moi un très grand livre ! Anne-Laure