Faire la peau de Louise Chennevière
Ce livre est de la dynamite ! Peu de mots seront assez puissants pour décrire ce que fait Louise Chennevière dans son roman "Faire la peau"... un livre que l'autrice dédie à Louise, comme un cadeau qu'elle se fait à elle-même pour changer de peau, pour faire la peau à une mère maltraitante et devenir une femme libérée de la relation mère-fille. Ce qui est fou dans ce livre, c'est son caractère performatif : l'acte l'écrire est en soi ce qui va séparer définitivement la mère et la fille, et cela, Louise ne le sait que trop bien. D'où sa difficulté peut-être à l'achever, les doutes qui l'assaillent à la fin de ce livre qui est aussi plein d'amour et de compassion pour une mère qui n'a pas su aimer sa fille. Louise Chennevière brise le tabou des violences maternelles, mais aussi le tabou du matricide, fut-il symbolique. Nos sociétés ont acquis l'idée qu'un garçon doit, pour s'émanciper, "tuer le père". Mais la question, pour une fille, de "tuer la mère" reste un impensé : la fille intègre par la soumission à la mère, à ses critiques, ses humiliations, les lois du patriarcat. Elle apprend à rester soumise, intègre le dénigrement, la violence, l'instabilité, et recherchera toute sa vie l'amour que parfois la mère ne peut pas donner. L'autrice fait ce geste fou dans ce livre : cesser d'être la fille de sa mère, cesser d'être une fille et sauter dans l'inconnu par la publication même du roman. Elle rejoint et rend visible par son livre une cohorte de femmes qui existent et qui ont fait le choix un jour de rompre les liens avec leurs mères. Un livre inoubliable.
Anne-Laure